Quelle époque !

Rédigé par André Cabaret - - Aucun commentaire

Nous vivons une époque formidable, à la fois contradictoire et paradoxale. On vient de fêter le 8 mars, une journée importante. Mais une journée qui ne devrait même pas exister, car est la preuve que tout va de travers dans ce monde. On aurait dû dépasser depuis longtemps ces stupidités de différences hommes/femmes au détriment des secondes et pour la plus grande honte des premiers. Laissons de côté le monde entier, jetons un coup d’œil sur la France. On a pu croire pendant un temps, après Mais-68 et dans les années 70 que quelque chose avait changé. Libération des mœurs, batailles féministes, hommes s’occupant de leur bébé et promenant des landaus, création du MLF, apparition du MLAC, fondation du FHAR, bref un air de liberté joyeuse et d’épanouissement mutuel. Mais j’entends toujours parler du patriarcat et de ses ravages ; j’entends toujours parler d’inégalités salariales ; j’entends toujours parler d’insécurité dans les rues, de nécessité de faire attention à sa tenue, d’éviter certains quartiers à certaines heures ; j’entends toujours parler de domination masculine ; j’entends toujours parler de violences faites aux femmes ; j’entends toujours parler de viols, d’agressions, de féminicides ; j’entends parler de masculinisme ; j’entends parler de l’invisibilisation des femmes dans l’art, la politique, les sciences (citons : Lise Meitner, Nettie Stevens, Rosalind Franklin, Gladys West), la vie sociale. Et pourtant, pourtant… ! Prenons quelques données vérifiables significatives d’un changement.

Le cas des femmes compositrices est révélateur. On compatit au sort de cette pauvre Fanny Mendelssohn éclipsée par son frère et de la malheureuse Clara Schumann noyée dans l’ombre de son mari. On a « oublié » les femmes qui composaient, on ne peut même pas citer d’autres noms que ces deux-là. Néanmoins, en France, à la radio, on peut écouter les œuvres jouées, enregistrées et diffusées de quelques femmes. En vrac :

Sappho, Hildegard de Bingen, Isabella Leonarda, Maddalena Casulana, Maddalena Sirmen, Elisabetta de Gambarini, Virginie Morel, Marianne von Martines, Elisabeth Jacquet de la Guerre, Hélène de Montgeroult, Pauline Viardot, Hélène Liebmann, Caroline Boissier-Butini, Laura Valborg Aulin, Emily Mayer, Elfrida Andrée, Amy Beach, Luise Adolpha Le Beau, Laura Netzel, Dora Pejačević, Alice Mary Smith, Florence Price, Agathe Backer-Grøndahl, Mathilde von Meyrswalden, Leokadiya Kashperova, Alice Tegnér, Fernande Decruck, Louise Farrenc, Mel Bonis, Marie Jaëll, Henriëtte Bosmans, Rosalind Ellicott, Margarethe Danzi, Amanda Röntgen-Maier, Augusta Holmès, Cécile Chaminade, Charlotte M. Blake, Grażyna Bacewicz, Alice Tegner, Lili et Nadia Boulanger, Vilma von Webenau, Germaine Tailleferre, Henriette Renié, Marguerite Monnot, Ina Boyle, Yvonne Desportes, Claude Arrieu, Mathilde Kralik von Meyrswalden, Betsy Jolas, Jeanne Demessieux, Eugénie Rocherolle, Edith Canat de Chizy, Ellen Taaffe Zwilich, Bohdana Frolyak, Nina Makarova, Charlotte Sohy, Anne-Marie Orbeck, Alla Pavlova, Kaija Saariaho, Heather Schmidt, Larysa Kuzmenko, Elsa Barraine, Karen Beaumont, Ruth Gipps, Maria Bach, Natalia Baklanova, Thembelihle Dunjana… La liste n’est pas exhaustive.

Il n’y a pas de femmes cheffes d’orchestre. Ah bon ? On en dénombre pourtant une bonne quarantaine. Il existe même un concours exclusif pour les femmes…lent maintenant dans tous les sports, collectifs ou individuels. N’oublions pas la moisson de médailles olympiques effectuée en été comme en hiver par les sportives ! ll y a même des commentatrices sportives qui rivalisent d’aisance avec messieurs les commentateurs.

On a longtemps accusé la BD d’être machiste : trop de héros masculins, pas assez de dessinatrices, etc. On dénombre à ce jour au moins 80 dessinatrices de BD. Quant aux héroïnes, allons-y :

Avec un partenaire : Aaricia, Kriss de Valnor, Chinook, Cixi, Comanche, Laureline…

Comme personnage principal : Adèle Blanc-Sec, Agrippine, Arya, Barbarella, Druuna, Isabelle, Jeannette Pointu, Jessica Blandy, Jo, Ladys S, Line, Mélusine, Natacha, Les Panthères, Paulette, Prudence Petitpas, Scarlett Dream, Sibylline, Sophie, Yoko Tsuno, et d’autres...

Idem dans les films ou les séries télévisées. On a connu ces feuilletons où les femmes étaient au mieux des faire-valoir, au pire des bécasses stupides, entourées de mâles virils, intelligents, parfois méchants, mais toujours mis en valeur. Or si on consulte les séries de ces 20-25 dernières années on constate une chose « inouïe » : il y a des femmes (donc des actrices) qui tiennent le rôle principal dans des polars ou autres ! Incredible, no ? Diffusées sur les chaînes françaises :

D’abord deux séries où ces dames et demoiselles sont sur le devant de la scène : Une famille formidable et Un village français.

Puis des films qui reposent sur les épaules d’un personnage principal féminin : Aïcha, Agathe Koltès, Alexandra Ehle, La Battante, Le Bazar de la Charité, Capitaine Marleau, Clara Sheller, Clem, Les Combattantes, Diane femme flic, Femmes de loi, Dolmen, La Garçonne, HPI, Innocente, Insoupçonnable, Joséphine ange gardien, Léa Parker, Le juge est une femme, La Loi d’Alexandra, La Loi de Barbara, La Louve, Madame le Consul, Mademoiselle Joubert, Nina, La Nouvelle Maud, Pour Sarah, Prise au piège, Rani, Rebecca, Sam, Sœur Thérèse.com, Sophie Cross, Suspectes, Victoire Bonnot, La vie devant elles, Zodiaque, Blanca, Les Randonneuses

Séries avec deux personnages H/F à égalité : L’art du crime, Cherif, Tandem, Magellan, Mongeville, La Stagiaire. Souvent aussi les Meurtres à...

Séries avec groupe (où le personnage principal est une femme) : Boulevard du Palais, Candice Renoir, Cassandre, Une femme d’honneur, Profilage, Julie Lescaut, Famille d’accueil, Brocéliande

Séries avec deux femmes principales : Astrid et Raphaëlle, Week-end chez les Toquées, Tropiques criminels, Rizzoli et Isles, L’Eclipse .

Séries avec trio (dont deux spécimens femelles pour un spécimen mâle) : Les Petits meurtres d’Agatha Christie (première et deuxième saisons) + Les Trois Brestoises !

Et dans les émissions de radio ou de télévision ? Là où l’on avait avant des Guy Lux, des Mourousi, des Rapp, des Sérillon, des masure, des PPDA, on a aujourdh’ui des Léna Salamé, Sonia Mabrouk, Anne-Sophie Lapix, Leïla Kaddour, Marie Drucker, Sonia Chironi. Et sur d’autres médias : Valérie Brochard, Daphné Roulier, Christine Kelly, Laurence Ferrari, Adeline François, Lorène de Susbielle, Marie Gentric, Anne-Claire Coudray, Patricia Loison, Marina Carrère d’Encausse, et on n’oubliera ni Karine Le Marchand ni Faustine Bollaert.

On redécouvre l’importance des femmes dans tous les domaines scientifiques, et on comprend que des hommes (leurs collègues, leurs patrons) leur ont volé les résultats de leurs recherches. Et si on parlait de politique : qui entend-on à longueur d’antenne ? On se le donne en mille : Mathilde Panot, Sandrine Rousseau, Manon Aubry, Marine Le Pen, Rokhaya Diallo, Valérie Pécresse, Rachel Khan, Sarah Knafo, Rachida Dati, Danièle Obono, Alice Cordier, Rima Hassan, Marylise Léon et Sophie Binet (à la tête des deux plus importants syndicats français, excusez du peu!), Aurore Bergé, Maud Bregeon, Catherine Vautrin (ministre des Armées, quand même!), Annie Genevard, Elise Lucet, Ruth Elkrief, Apolline de Malherbe, Natacha Polony, Nathalie Saint-Criq, Elisabeth Lévy, Caroline Fourest, Clémentine Autain, Marine Tondelier… et la liste n’est pas exhaustive… et on n’omettra pas de signaler toutes les intervenantes à propos de l’Ukraine, d’Israël, de Gaza, de l’Iran, de l’Afghanistan, etc. ni les déclarations tonitruantes d’une Theodora qui dans ce pays raciste qu’est la France décroche à 22 ans quatre trophées aux Victoires de la musique !

Et malgré tout ça, les femmes sont toujours considérées comme des « deuxièmes couteaux », des valeurs peu sûres, des proies à débusquer, des hystériques ou des dépressives, victimes de propos sexistes et de harcèlement, bref, des empêcheuses de masculiniser en rond ! Et aujourd’hui encore des femmes meurent Qu’est-ce qui rend les mecs si kons, bon sang de bonsoir ?? Qu’est-ce qui les empêche de comprendre que vivre en bonne entente avec la gent féminine est la meilleure chose qui soit au monde ? Manque d’éducation, manque d’empathie, manque d’intelligence, manque de sensibilité, manque de bon sens, manque d’humanité, manque de virilité (la vraie, celle qui consiste à être un homme fiable et affable) ou surcroît de virilité mal comprise, manque de savoir-vivre, manque d’honnêteté… Pas tous les mecs, la dieu merci ! Mais trop, beaucoup trop. Alors on progresse d’un côté, on régresse terriblement de l’autre. Contradiction, paradoxe… Et c’est en France ; alors dans le reste du monde ! Eh oui, messieurs, il y a du boulot pour ce qui vous concerne.

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