Quatrième conférence du professeur M.A. Weggewer

Rédigé par André Cabaret - - Aucun commentaire

Un Claude François inattendu

 

Bonjour. La conférence d’aujourd’hui correspond à son titre : je vais parler d’un chanteur disparu depuis longtemps mais dont il reste des traces fortes dans les mémoires et dont on a reparlé récemment à l’occasion de l’anniversaire de sa disparition.

 

C’est chez une de mes nièces que je suis tombé sur huit CD regroupant l’œuvre de ce chanteur. Le premier titre est Belles belles belles et le dernier Jésus-Christ superstar. J’ai naturellement considéré tout cela d’un œil condescendant, voire goguenard. Je me suis même demandé si on pouvait parler d’œuvre à ce sujet. Chanteur populaire, Si j'avais un marteau, quantité négligeable de la culture française, Cette année-là, bof-bof, J’attendrai, oui, longtemps !… Ma nièce ne l’a pas connu vivant, mais elle a été initiée par sa mère qui, elle, vouait une profonde admiration pour son Cloclo. Pas une fan au sens strict du terme, mais une admiratrice sincère. La preuve : elle avait acheté les huit CD pour sa fille !

Le hasard a voulu que presque en même temps je tombe dans une librairie sur le bouquin d’un certain Philippe Chevallier, intitulé : La Chanson exactement, avec un sous-titre intrigant : L’Art difficile de Claude François. Par pure curiosité, je l’ai acheté, et je l’ai lu, et, dans la foulée, j’ai emprunté les huit CD à ma nièce, et je les ai tous écoutés ! Oui, dans l'ordre, l'un après l'autre. J’en vois dans l’assistance qui esquissent un sourire : tant qu’à faire, ma curiosité aurait pu se porter sur un sujet plus digne d’intérêt. Aznavour... ou Barbara… ou Gims ex-Maître... Eh bien, non, et qu’on se détrompe : ça valait le coup.

Monsieur Chevallier n'est ni un fan survolté, ni un hurluberlu illuminé ; il est philosophe et travaille à la Bibliothèque nationale de France. Ce qu'il a écrit est un essai dans lequel (je cite la quatrième de couverture) « en élaborant la notion de "forme moyenne" (on) tente de percer l'énigme de ce qui se tient entre le grand et le petit, en ce juste milieu qui se révèle un sommet d'exigence et de rigueur ». Diable ! De qui parle-t-on ? De « l'idole des moins de dix ans » ? D'un artiste « pour cuistres et midinettes, escroc et imposteur » ? Du gugusse à paillettes sautillant « au milieu de Clodettes à peine vêtues » ? On peut dire cela. Ou autre chose. Redevenons sérieux. Et éliminons d'emblée deux sortes de considérations. Et de un, on ne rit pas quand je prononce le mot artiste accolé à Claude François, car c'en était forcément un, sinon il n'aurait pas atteint le notoriété qui fut la sienne. Et de deux, on met de côté l'aspect le plus dérangeant du dit artiste, à savoir son caractère exécrable, sa volonté de pouvoir, ses exigences capricieuses, son goût pour les jeunes filles, bref tout ce qui fait que sa personnalité recèle quelque chose de douteux, de malsain, voire de répulsif. Comme pour toutes les gloires passées, il reste son œuvre. J'ai donc écouté les chansons à l'occasion de multiples déplacements en voiture. Disons-le tout net : sur l'ensemble, il n'y a pas grand-chose de transcendant. Rien qui approche Ces gens-là, La Bohème ou L'Aigle noir… encore moins une certaine Supplique… ! Mais, néanmoins, il y a dans la masse des « chansonnettes sans intérêt » des pépites que j'ai été fort étonné de découvrir, et des pépites relativement nombreuses, qui, bien entendu, ne font partie ni des tubes, ni des faces A des anciens 45-tours. L'impression d'ensemble, j'y reviens, corrobore la thèse élaborée par Philippe Chevallier : durant toute sa carrière, Cloclo a privilégié la chanson simple, que d'aucuns qualifient de simplette, directe, sans fioritures et toujours insérée dans le cadre strict des trois minutes plus ou moins quelques secondes. C'est cette forme moyenne dans laquelle paroles, orchestration et interprétation se mêlent en un tout qui est immédiatement accessible au profane, qui ne cherche pas la bravoure, l'outrance, le grandiose, l'extravagance ou l'expérimental, qui bénéficie du meilleur apport de musiciens professionnels bien rodés et qui apparaît d'un coup comme transparente, évidente, facile et suffisante.

Tous ceux qui ont collaboré avec lui ont dit que Claude François était un travailleur acharné, infatigable, mais usant pour son entourage. Et il travaillait quoi ? La recherche du bon sujet, la mise en forme adéquate de ce bon sujet, l'équilibre entre trop d'instrumentation et pas assez. On lui a reproché d'adapter des chansons anglo-saxonnes, de ne rien créer d'original, de se répéter de titre en titre, de n'avoir rien d'autre à offrir que des sautillement et des partenaires certes mignonnes mais un peu vaines. J'avoue : dans la masse des titres, il yen a que j'ai eu du mal à écouter jusqu'au bout. Le Nabout twist, Mashed potatoes, Héloïse, Aïda, Je suis un homme ou Serre-moi,griffe-moi me sont restés sur l'estomac… Des dizaines d'autres m'ont fait l'effet que m'ont toujours fait les chansons entendues à la radio et classées sous l'étiquette de « variétés » : ça se laisse écouter, ça ne pisse pas loin et ça ne casse pas trois pattes à un canard, tout en restant de l'honnête production qui ne se veut ni géniale ni trop commerciale. Bref, du tout venant. De Johnny à Cabrel, de Dutronc à Lama, de Sanson à Lara, de Montand à Croisille, de Vartan à Nougaro, on navigue dans une certaine qualité tant au disque que sur la scène. En tant que scientifique, je ne peux m'empêcher de sérier les éléments et de les classifier. La liste que je viens d'énumérer se situe dans un médium de qualité. Il y a des artistes qui, à mon sens et pour mon goût, se classent au-dessus, voire nettement au-dessus, et d'autres qui se classent en dessous et même nettement en dessous. Il est de bon ton en France de railler un certain type d'artistes, tels que Hervé Vilard ou Michelle Torr, Mireille Mathieu ou Gérard Lenorman, et même Adamo ou Macias, qui, n'en déplaise à nos moqueurs médiatiques, ont fait une carrière internationale plus qu'honorable, mais qui, chez nous, sont moqués, caricaturés, vilipendés. Certains artistes échappent à cela soit par leur aisance naturelle ou leur façon d'être « hors système tout en y étant sans y être vraiment » qui en impose : Souchon, Voulzy, Christophe, Le Forestier, Hardy, Bashung, Renaud, Goldmann ; soit par leur mode de fonctionnement en circuit parallèle : Anne Sylvestre, Gilles Servat, Colette Magny Lény Escudéro, GiedRé pour ne pas en citer trop.

Et Claude François alors ? Il a voulu de tout son être, de toutes ses forces s'afficher en haut du hit parade, se mesurant à Hallyday et Bécaud, Aznavour et Sardou, et, par ses tours de chants, son sens du spectacle, son incroyable vitalité et parfois ses outrages, il a été un showman exceptionnel. On sait qu'il lui fallait sortir régulièrement un disque pour être tout le temps présent sur les ondes et sur le marché. Certains disques comportaient un succès indéniable, d'autres faisaient un bide. Je ne citerai ni les uns, ni les autres. Or il n'est plus là…

J'ai écouté ses chansons. Très vite un tri s'est opéré. Ayant éliminé les deux tiers des titres, j'en ai conservé un bon tiers parmi lesquels j'ai repéré des perles comme je l'ai déjà dit. Et voici mes remarques.

Première remarque. À l'écoute de quelques chansons peu connues, je n'ai pas pu m'empêcher de m'exclamer : « Ma parole, mais il n'a pas fait que de la soupe : il y a des trucs vraiment bien chez lui ! » Qui connaît Toi, tu voudrais ? Et Anne-Marie ? Ne pars pas ? Aussi loin ? Geordie ? Dis-moi quand ? Terry ? Et même Monsieur le businessman… ?

Deuxième remarque : il est à ma connaissance le seul chanteur qui ait utilisé des bruitages, généralement en ouverture et/ou en conclusion de ses chansons. Bruits de vagues : Pauvre petite fille riche ; bruit de moteur : De ville en ville ; tonnerre et pluie : Après tout ; vent qui souffle : Mais tout ça c'était hier ; vagues+vent+mouettes : Ne pars pas ; bruits mécaniques : Le Jouet extraordinaire ; cris d'animaux : Le petit canard ; bruitages électroniques : Le Martien ; vent d’orage et bruitages électroniques : Disco météo...

Troisième remarque. Je ne suis ni un spécialiste de la chanson, ni un spécialiste en musique. Je peux parler des polymères biosourcés ou thermoplastiques, mais je serais incapable de fournir une analyse comme celle-ci due à Philippe Chevallier quand il parle de la chanson Joue quelque chose de simple, qu'il tient en grande estime pour son orchestration savante : « L'introduction tient en trois accords majestueux joués par un duo de cordes et piano présent tout au long du morceau. Nous sommes en majeur, tonalité à la clarté trompeuse, comme l'indique un diapason volontairement imprécis qui se situe en fait entre majeur et mi bémol majeur.  Des trames de violons apparaissent en arrière-plan à mesure que l'on approche du pré-refrain dont la modulation en si mineur, même si elle est courte, marque un premier changement et accentue la tristesse sans briser la douceur de l'ensemble »… En revanche, je sais repérer une orchestration recherchée, une construction sortant de l'ordinaire, un thème peu abordé. Je reviendrai sur ces trois aspects.

Quatrième remarque. En prêtant une oreille attentive à quelques-unes des chansons que j'avais sélectionnées, je n'ai pas pu m'empêcher de m'exclamer derechef :« Mais, mon salaud, c'est que tu chantes bien ! » Et en effet, il savait chanter, en articulant correctement, en modulant sa voix, en étant expressif là où c'était nécessaire et swingant là où ça s'imposait. Quelques exemples : L'histoire irlandaise, Même si tu revenais, Olivier pour ce qui est du chant et de l'émotion ; Je danse, Sois fier, sois droit, Du pain et du beurre pour ce qui est du rythme et du punch. D'accord, ce ne sont pas à proprement parler des chefs d'œuvre. Mais Les Blés de Jacques Brel, Lèche-cocu de Brassens, Il pleut d'Aznavour, Les filles longues de Ferrat, Les Punaises d'Anne Sylvestre est-ce que ce sont des chefs d' œuvre ? Pas que je sache. Alors !

Il avait une diction parfaite, pour ce qui est de l'enregistrement des titres en studio. Autant, comme le souligne Philippe Chevallier, il n'était pas très bon acteur quand on le voyait à la télévision interprétant tel ou tel tube, autant il avait l'art et la manière de faire passer une émotion, de faire sentir qu'il souriait en évoquant un moment heureux, tendre ou délicat ; qu'il était contrit en évoquant un moment douloureux ; qu'il était touché par un souvenir. Et pour ce qui est du chant proprement dit, si l'on ne tient pas compte de ses propres affirmations comme quoi il n'aimait pas sa voix, force est de reconnaître qu'il savait s'en servir de cette voix. On peut mettre bon nombre de chanteurs au défi de s'attaquer à un titre comme Les Magnolias, surtout vers la fin où la voix grimpe dans le suraigu...

Cinquième remarque. Dans certaines chansons, Claude François utilise deux ou trois… je ne sais pas comment appeler ça : trucs ? procédés ? moyens ? astuces ? Effets ?... Oui, je crois que « effets » est le terme qui convient le mieux.

Premier effet : ce que Philippe Chevallier appelle « coup de glotte ». une sorte de bruit de gorge entre râle et raclement, qui souligne à l'attaque d'un mot l'importance de ce mot, ou le sentiment qu'il traduit, ou l'émotion que ressent le chanteur. C'est en tout cas un son plus ou moins insistant qui accentue le passage vocal. Je ne connais pas d'autre chanteur ou chanteuse recourant à cette façon de mettre une syllabe en valeur. Cloclo utilise ce truc avec parcimonie, mais chaque fois avec bonheur (lister les chansons serait fastidieux). Autre petit truc : un léger rire, retenu, juste avant une phrase à souligner (tout en soulignant la complicité avec l'auditeur) ; il le fait dans L'histoire irlandaise, dans Le jouet extraordinaire. Et encore : un soupir, ou une respiration accentuée, à l’attaque d’un mot, à la fin d’une syllabe...

Deuxième effet : la rupture. Parfois entre le couplet et le refrain, alors que l'orchestre joue au complet, presque fortissimo, et que la voix du chanteur est à son maximum, le silence s'instaure brusquement. Un silence plus ou moins court que vient rompre la reprise par la voix, ou par les instruments, ou par les deux mêlés, soit aussi fortissimo, soit moins. L'effet est garanti. Cela a l'avantage de créer un suspense, de mettre une nouvelle fois en valeur ce qui va suivre, d'éviter que la chanson se déroule d'un bout à l'autre sur le même rythme et avec la même intensité ( ce qui s'apparente à « l'effet soupe »). Cet effet de rupture est flagrant dans Après tout, Un jour ou l'autre, Menteur ou cruel, Une petite larme m'a trahi, Mais tout ça c'était hier, Le Mal-aimé, Avec la tête, avec le cœur (intéressante cette dernière : à la fin du couplet : rupture, silence, puis reprise avec la voix seule : « Il a dit... » et sur le « oui » apparaissent des voix de choristes et des instruments, avec l'arrivée subtile de la percussion ; ce n'est peut-être pas du grand art, mais c'est drôlement bien fichu!) ; citons encore Jamais un amour, Et pourtant le temps passe ; et même Sois fier, sois droit, où, juste avant le refrain, la dernière phrase du couplet est martelée avec seulement un coup à la batterie sur chaque syllabe.

Troisième effet : la double voix. Souvent, et sans que cela soit perceptible à la première écoute, il double sa propre voix. Une méthode (je me réfère à un article du web) qui « consiste à chanter cette deuxième voix parallèle à la tierce, soit avec un intervalle de trois notes, donc au-dessus ou en dessous de la tonalité de la mélodie ». Une autre méthode consiste à refléter la seconde voix par rapport à la première : si la première monte, la seconde descend, et vice versa. D’autres l’ont fait : Adamo dans Accroche une larme aux nuages ; Aznavour dans Mes amis, mes amours mes emmerdes ; mais c’est plus rare. Dans les chansons de Cloclo, les deux voix sont si intimement mêlées qu'il est difficile de les distinguer, et l'on en capte une qui paraît la principale quand, par un glissement subtil, c'est l'autre qui se laisse deviner, si bien qu'on ne sait plus laquelle développe véritablement la mélodie qui pourtant demeure parfaitement claire, saisissable et répétable même par un profane comme moi. Comme s'il n'y avait qu'une seule voix et une seule ligne mélodique. Il a introduit cela très tôt dans son répertoire. Si je ne me trompe pas, le premier cas est Moi, je voudrais bien me marier : sur le refrain, les deux voix sont encore très distinctes. Elles le seront beaucoup moins plus tard dans J'y pense et puis j'oublie. Deux effets s'y combinent. La première phrase du refrain, qui est le titre de la chanson, est entonnée, après un silence brusque, a capella pour ce qui est des deux premiers mots, et, immédiatement, les deux voix du chanteur se modulent l'une l'autre en se confondant. Cette technique n'a rien à voir avec le support d'un chœur, qu'il soit masculin, féminin ou mixte, venant renforcer la mélodie, mais elle donne plus d'ampleur au chant, cela sonne « plus orchestral » et cela fait contraster le refrain polyphonique avec le couplet à une voix. On la retrouve dans : Chaque jour c'est la même chose, Une petite larme m'a trahi, Nina Nanna...

Sixième remarque. Pour ce qui est de l'ampleur, justement, Claude François est un des rares chanteurs qui peut se permettre de partir dans ce que j'appelle des envolées lyriques, où la voix s'étend dans les registres du grave à l'aigu, acquiert de la puissance et assure de longues tenues. Un de ses premiers essais est je pense dans Pauvre petite fille riche et le dernier dans Alexandrie, Alexandra. Entre « ce soir on s'est aimé pour la première fois » et « les sirènes du phare d'Alexandrie » le principe n'a pas changé, même si la technique s'est améliorée. Au fil des titres on retrouve ces montées en puissances vocales dans : Je sais (qui se termine fortissimo par un « Je t'aime » répété sept fois), Après tout, Aussi loin, Tout ça c'était hier, Ce monde absurde, Mon cœur est une maison vide, Même si tu revenais (dans ces deux chanson, quelle atmosphère si particulière, créée tant par la voix que par l'instrumentation...), Où tu veux, quand tu veux, Un jour ou l'autre, Un monde de musique, Le Musée de ma vie, Toi tu voudrais, Terry, Quand un bateau passe, Je t'aime trop toi, Le Chanteur malheureux et naturellement Les Magnolias où la montée dans les aigus à la fin de la chanson est assez impressionnante. Il y a eu ce qu'on a appelé « les chanteuses à voix » : Edith Piaf, Mireille Mathieu, Nicole Croisille ; puis les nouvelles : Céline Dion, Hélène Segara, Lara Fabian, Nolwenn Leroy, Chimène Badi, Natasha St-Pier. Parmi les chanteurs, c'est plus rares : après Ferrat et Ferré, on décompte Florent Pagny, Patrick Fiori, Patrick Bruel, Serge Lama sans oublier notre Johnny national qui savait chanter quand il ne hurlait pas, et, soyons juste : Adamo et Aznavour avaient cette capacité aussi. Claude François était tellement catalogué variétoche et paillettes qu'on oublie de le considérer comme un « chanteur » avec ou sans voix. C'est bête… et pourtant, pour ceux qui ne détestent pas d'emblée sa voix, son timbre, sa diction, il y a des titres qui révèlent un professionnel à la fois aguerri et sensible, sachant moduler son phrasé et transmettant une émotion sans fard. Citons au hasard : Miss Felicity Gray (étonnant texte qui met en scène l'équivalent d'une sorte de Landru au féminin) ; En souvenir (où la voix au tout premier plan est accompagnée par une instrumentation presque dissoute dans le lointain) ; Les Choses de la maison (à la percussion nourrie) ; Comme les autres (toute de nostalgie) ; Au coin de mes rêves ; Les Moulins de mon sœur (le tube de Michel Legrand) ; Tu n'as pas toujours dis ça ; Chante, pleure (une complainte déchirante)...

Septième remarque. « Variétoche et paillettes » égale « chansonnettes débiles pour midinettes ». Or si l'on se penche sur les thèmes abordés par le chanteur, on ne peut que s'étonner du peu de considération qu'on lui a accordée. Un yé-yé, ça va de soi, ne peut que se cantonner au répertoire de « l'amour/toujours » magnifié ou contrarié. Qu'il soit capable de parler d'autre chose est inenvisageable. Alors trions un peu. La paternité, par exemple. Voilà un thème assez peu traité, et pourtant Cloclo, dont on sait les différends qu'il a eus avec son papa et les difficultés qu'ils a eues d'assumer sa propre paternité, l'aborde dans plusieurs chansons : Sois fier (où un mauvais garçon ne suit pas les conseils de son père), Le téléphone pleure, Toi et moi contre le monde entier, Dors petits homme, Le Jouet extraordinaire et Parce que je t'aime mon enfant qui traite de la paternité et du divorce. Le thème de la mère ou de la maternité est abordé aussi, plus discrètement : Maman chérie, Anne-Marie, Donna-Donna, Ninna-Nanna, Geordie, et puis Ève qui est tout simplement un hymne à la féminité… Avec un léger pas de côté, voici que le chanteur aborde le thème de l'adoption avec Olivier, sobrement interprétée et orchestrée, pleine de retenue et d'émotion. À l'inverse, il faut écouter Dans les orphelinats, pleins de poupées qui « n'ont jamais dit "papa, maman" »… Comme il se doit, ces titres n'ont jamais fait l'objet d'aucune promotion radiophonique ou télévisuelle… D'une manière plus générale, la condition humaine est évoquée à travers certains titres : La vie d'un homme, Et pourtant le temps passe, Jeu dangereux, Et je cours je cours, La solitude c'est après, Le spectacle est terminé, Dans les orphelinats, Chaque jour c'est la même chose, Dans une larme… Dans un genre très différent, notons Ce monde absurde, brocardée à sa sortie car impensable pour un yé-yé. Qu'on en juge : les préoccupations de 1965, mentionnées dans le texte, restent inchangées de nos jours : l'inquiétude écologique, la peur de la bombe, les différences de civilisations, les frontières artificielles, un appel au retour à la nature. La chanson a été éclipsée par Même si tu revenais sur le même 45-tours, qui a aussi fait passer inaperçue la très belle complainte de Geordie où une mère supplie un juge d'épargner son fils qui a eu le malheur d'aimer la fille du roi et qui sera pendu (par une chaîne en or) pour ce crime de lèse-majesté (une chanson où, entre parenthèses, il n'y a ni vers ni rimes rimes, mais seulement des phrases narratives!)… Le métier lui-même constitue le thème central de plusieurs chansons, par exemple : Le Magicien. Les déplacements incessants : De ville en ville. La fatigue du tour de chant : Six jours sur la route, et la lassitude qui lui succède : Le spectacle est terminé, La Solitude c'est après. Le choix de demeurer en France : Moi je suis français, sur un rythme de ritournelle western. L'autodérision de l'artiste-homme d'affaires : Monsieur le businessman, une vraie caricature de Cloclo himself ! D'autres textes abordent les peurs de la nuit : Mais quand le matin, par exemple.

Cloclo était hanté par l'idée de la mort, ce qui ne l'a pas empêché de produire Amoureux du monde entier, où un vieux sage prodigue ses conseils avant de trépasser ; et Terry qui met le chanteur face à la disparition d'une jeune fille à qui il demande de l'attendre « à la porte du paradis » ; et Chante, pleure, dans laquelle il craint de « ne jamais revoir le mois de mai »…

On s'est gaussé de lui à l'envi et on l'a catalogué dans le registre « bêta » comme si les paroles de ses chansons relevaient d'un niveau de CE1 ou sombraient dans l'insipide, le mièvre et le cucul-la-praline. Or, prenons cinq phrases au hasard : « Viens à la maison, y'a le printemps qui chante » ; « Le lundi au soleil, c'est une chose qu'on n'aura jamais » ; « Le téléphone pleure quand tu ne viens pas » ; « Les sirènes du port d'Alexandrie chantent encore la même mélodie ». ; « En souvenir de ces matins que le plaisir ensoleillait ». Abordées comme ça, sans préjugés ni musique, comportent-elles quelque chose de déshonorant ? De scandaleux ? De stupide ou de rébarbatif ? Sont-elles mal construites ? Visent-elles uniquement des demeuré(e)s et des attardé(e)s ? Doit-on les jeter à la poubelle sous le seul prétexte qu'elles sont prononcées par Cloclo ? Faisons un effort et imaginons que la première soit chantée par Michel Fugain ou Claude Nougaro : n'entendons-pas déjà d'ici les louanges adressés à cette « image audacieuse », à cette « formulation si inventive », à « cette simplicité tellement évocatrice » ? Prêtons la deuxième à Michel Polnareff ou à Bashung. Personne ne trouve ça niais ou débile ? Alors, d'accord. Passons à la troisième chantée par Nino Ferrer, Patrick Bruel ou Gendji Girac : rien à redire, c'est de la belle ouvrage ! Allons plus loin : la quatrième avec la voix de Serge Lama, de Florent Pagny, de Michel Sardou ou de Calogero: quelle poésie ! Quelle puissance ! Quelle beau texte ! Quelle interprétation ! Quelle formidable chanson où sont « naufragés les papillons de ma jeunesse » : excellent ! Génial ! Que dis-je génial : carrément génialissime !! Je laisse imaginer les réactions si Aznavour avait chanté la cinquième… Mais dans la bouche de Cloclo, non, c’est niais, c’est nunuche, c’est nul.

Je suis prêt à prendre les paris.

On l'a aussi catalogué dans le style yé-yé. Au départ, incontestablement, il s'y inscrivait à fond. Si on prend les premières chansons, c'est du classique : deux ou trois couplets, une coda avec saxophone solo, derniers couplet/refrain. Petit à petit, le registre a changé, notamment dans l'accompagnement. Là où on s'attendrait à une batterie et une percussion omniprésentes, ces dernières ont commencé à jouer non seulement un rôle rythmique, mais aussi un rôle dans la création d'ambiances. Parfois même elles s'effacent presque complètement. Et l'on aboutit à des chansons comme Geordie (avec réverbération de la voix au début et à la fin), Ce monde absurde (avec une progression orchestrale en crescendo), Pauvre petite fille riche (qui tranchait sur tous les Johnny Hallyday, Eddy Mitchell [à part Toujours un coin qui me rappelle]), Monty ou Richard Anthony (jusqu'à Écoute dans le vent), Olivier (sobre et sonnant juste), Mais combien de temps (avec une fin ô combien surprenante), et les étonnantes Même si tu revenais ou Quand un bateau passe. Dans la première, l'atmosphère créée par un accompagnement totalement inédit et original pour une chanson de variété est vraiment remarquable (un contresens total a été commis lorsqu'on a réédité ce titre en formule disco : plus d'atmosphère, plus de poésie, seulement du rythme : un massacre idiot...) ; quant à la deuxième, avec son passage central tout en vocalises poignantes, elle se situe très loin de la monotonie à 2 ou 4 temps du rock, du pop, du disco ou du yé-yé et de la « variété » en général !

Suis-je naïf ou sacrilège en disant cela ? Je l'ignore, et peu importe !

Il est temps de conclure. Avec un petit jeu. On a pu constater qu'à deux ou trois exceptions près je n'ai cité aucun des tubes de Claude François, voici donc une petite question piège : quels sont les mots qui reviennent le plus souvent dans ses chansons, tous titres confondus ? Ce n'est ni amour, ni je t'aime, ni toujours. N'en déplaise à beaucoup, il s'agit du verbe pleurer, des pleurs, et de ce qui en est le corollaire : les larmes… Quelques titres les mettent en valeur d'emblée : Le temps des pleurs, Pourquoi pleurer sur un succès d'été, Dans une larme, Une petite larme m'a trahi… Ces vocables reviennent très régulièrement au fil des couplets et des refrains, au point d'en devenir une sorte de gimmick dont la récurrence en dit long sur l'inconscient de l'artiste... Comme aurait dit l'autre, et ce sera le mot de la fin : étonnant, non ?!

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Le 8 mars

Rédigé par André Cabaret - - Aucun commentaire

En ce lendemain du 8 mars, force est de constater que ce qui ne devrait plus être qu'un lointain souvenir demeure une nécessité pour rappeler à tous que les "droits" des femmes sont exactemen les mêmes que ceux des hommes. Les devoirs aussi, d'ailleurs. Pourtant le patriarcat qui s'est installé dans l'humanité depuis la nuit des temps ne cesse d'imposer son mode de mentalité débile partout dans le monde. J'ai la conviction que ce patriarcat et son autoritarisme ne reposent que sur une seule cause : la jalousie. Oui : une diférence essentielle existe entre les hommes et les femmes. Celles-ci mettent des enfants au monde, elles donnent la vie. Les hommes ne peuvent pas faire cela; la vie, ils l'ôtent. Ils sont jaloux  du pouvoir extraordinaire qu'ont leurs compagnes. Et, par pure jalouise, ils ont muselé lesdites compagnes, ils ont usé de leur force pour faire payer cher aux femmes cette capacité indéniable. Le pouvoir mâle? Une simple manifestation de jalousie. C'est aussi bête que ça. Et je doute qu'on puisse me prouver le contraire...

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Troisième conférence du professeur Marc-Antoine Weggewer

Rédigé par André Cabaret - - 3 commentaires

Troisième conférence du professeur Marc-Antoine Weggewer

Je suis enseignant-chercheur à l’ECPM et j’aime bien diversifier mes centres d’intérêt. On m'a demandé d'assurer quelques "causeries" sur des thèmes non imposés.

Parlons aujourd’hui d’une notion aussi précise qu’elle est vague : la culture.

Un éminent représentant de la nation française a récemment affirmé qu’il n’y avait pas de culture française, mais qu’il y avait des cultures en France. Admettons. En se remémorant qu’en effet la culture gallo-romaine n’est pas la même que celle du Moyen Âge qui n’est pas non plus celle de la Renaissance, qui n’a rien à voir avec le Romantisme, le Naturalisme, le Symbolisme, et ainsi de suite jusqu’à nos jours.

La littérature, la musique, la danse, la sculpture, l’architecture, la gastronomie font partie de ces cultures diverses et variées.

Nonobstant, c’est entendu : la culture française, on ne sait pas ce que c’est. En tout cas la culture française due à des Français, (et des Français AOP : Agréés Origine Populaire). On nous a appris par ailleurs que tout ce dont la France a bénéficié a été un apport de l’étranger. Car, apparemment, il n’est de bonne culture qu’issue du métissage. J’en parle d’autant plus librement qu’étant Alsacien j’ai une vue assez aiguë sur la question. Je ne chipoterai pas non plus sur le facteur temps : un an, dix ans, plusieurs siècles : est-ce que ça fait une différence ? Pour les uns, oui ; pour les autres, non. Je suis plutôt pour le oui... Voici donc une liste d’œuvres et de personnalités parmi lesquelles on a rayé toutes celles qui, n’arrivant ni du Tibet, ni des Aléoutiennes, ni du Pérou, ni du Hoggar, n’ont rien apporté à la France, à sa culture, à son rayonnement, et que l’on peut donc considérer comme négligeables :

Chronique de Saint Riquier-Garin de Montglane- Berthe au grand pied-Couronnement Looys-Chansons de gestes-Bernard de Ventadour-Pierre Cardinal-Bertran de Born- la Chanson de Roland-le Roman de Brut-Chrétien de Troyes-les Fabliaux-Villehardouin-Joinville-Conon de Béthune-Rutebeuf-Francqueville-Jehan de Meung-le Chevalier à la charrette-G. De Machaut-Marie de France-le Roman de la Rose-le Roman de Renart-Chroniques de Froissart-Christine de Pisan-Villon-Marot-Scève-Soties, farces, comédies- Ph. de Commines-Abélard et Héloïse-Clairault-Epîtres,élégies,sonnets-Dolet-Jean Goujou-François Clouet-Bernard Palissy-l’Ordonnance de Villers-Cotterêts (une broutille!!!)-Roland de Lassus-Clément Janequin-Cent nouvelles nouvelles-Jeanne Flore-Louise Labé-Rabelais-Montainge-LaBoétie-Du Bellay-Ronsard-Malherbe-Viau-Jodelle-de Baïf-Garnier-Scarron-A. d’Aubigné-Brantôme-Marguerite de Navarre-Corneille-Racine-Molière-Pascal- La Rochefoucault-Boileau-La Fontaine-La Bruyère-Mme de La Fayette-Mme de Sévigné-Corbineau-Madeleine de Scudéry-Mme Geoffrin-Mme de Tencin-Dubreuil-Dumonstier-Cyrano de Bergerac-Th. de Viau-Histoire comique de Francion-Condillac-Mme du Deffand-Vaugelas-Tristan L’Hermite-Mme de Villedieu-Bussy Rabutin-Marie de Gournay-Renaudot-Descartes-Lully-Sophie Gay-LeNôtre-Perrault-Fontenelle-Fénelon-MarieCatherine Vatel-d’Aulnoy-Voltaire-Montesquieu-Diderot-Rousseau-Marquis de Sade-Elisabeth Jaquet-Montgolfier-Béranger-Bruant-Pottier-Clément-Richepin-Botrel-Couté-Rictus-Marivaux-Beaumarchais-Couperin-Rameau-Marin Marais-Charpentier-Delalande-Boismortier-Boieldieu-Colin-Mollart-Le Nain-La Tour-Poussin-Mignard-Restif de la Bretonne-Gossec-Méhul-Chénier-Mirabeau-Danton-Robespierre-Rouget de Lisle-Condorcet-Chamfort-Buffon-Guillotin-la Carte du Tendre-Fabre d’Eglantine-Théroigne de Méricourt-Olympe de Gouges-Lagrange-Pasteur-Lavoisier-Chaptal-Cuvier-Ampère-Becquerel-Monge-Tocqueville-BrillatSavarin-Berlioz-Dukas-Nadar-Châteaubriand-Louise Farrenc-Marie Jaëll-Lamennais-Musset-Hugo-d’Ivoi-Flaubert-Lamartine-Vigny-Courteline-Balzac-La Comédie humaine-Dumas-Maupassant-Labiche-Lautréamont-Allais-Nerval-RosnyAîné-LouiseMichel-LéodileBéra-Bloy-Huysmans-Daudet-Verne-Verlaine-Rimbaud-Baudelaire-Les Fleurs du mal-Cros-Viollet le Duc-Poubelle-Barbey d’Aurevilly-Stendhal-GeorgeSand-Gyp-Offenbach-Chabrillat-Métivet-Dujardin-Fénéon-Prudhomme-Coppée-Mallarmé-Mérimée-Chausson-Rosa Bonheur-Louise Dumont-Cécile Chaminade-Mel Bonis-Clémence de Grandval-Berthe Morisot-Chantoiseau-Escoffier- Renan-Taine-CamilleClaudel-Rodin-Mayol-Houdon-Daumier-Moreau-Ingres-Courbet-Corot-Géricault-Degas-Bonnard-Greuze-Delacroix-la Liberté guidant le peuple-Watteau-Monet-Manet-Renoir-Germinal/Nana/L’Assomoir-Cézanne-ToulouseLautrec-Doré-Matisse-Braque-Dufy-Léger-Debussy-Ravel-Saint-Saëns-Massenet-Magnard-Delibes-Chabrier-Germaine Tailleferre-Poulenc-Auric-Honegger-Milhaud-Boulanger Lili et Nadia-Fauré-Louis Bertin-Duparc-Franck-Bizet-Alkan-Lalo-Gounod-d’Indy-Renié-Satie-Pasdeloup-Larbaud-Corbière-La tour Eiffel-Jarry-Valéry-Artaud-Ponge-Saint-Pol Roux-Cros-Soupault-Bergson-Rolland-Alain-Bachelard-Comte-Maurras-Barrès-Feydeau-Rostand-Anouilh-Aymé-Claudel-Giraudoux-les Frères Lumière-Méliès-Alice Guy-Jasset-Feuillade-Renoir-Carné--Dulac-Delluc-Linder-L’Herbier-A la recherche du temps perdu-Cocteau-Coco Chanel Léger-Derain-Delaunay-Dufy-Gromaire-Rouault-LeCorbusier-Le Grand Meaulnes-Audiberti-Prévert-Queneau-Clair-Allegret-Grémillon-Bresson-AutantLara-Clouzot-Delannoy-Franju-André Bazin-Hervé Bazin-Giono-Gide-Proust-Voyage au bout de la nuit-Genevois-Maurois-Mauriac-Benoît-Loti-Jammes-Péguy-Anna de Noailles-Apolllinaire-Pagnol-Achard-Montherlant-Bousquet-Guillevic-Chamson-Pergaud-Chevallier-Sartre- de Beauvoir-Camus-Tournier-Brasseur-Berry-Morgan-Renaud/Barrault-Presle-Darrieux-Piaf-Fréhel-Gauty-Feuillère-Sardou-Raimu-Fresnay-Bourvil-Fernandel-Jouvet-Meurisse-Baur-Damia-Lys Gauty-Arletty-Simon-Mistinguett-Boyer-Blier-Carton-Cuny-Dalban-Dauphin-Delair-Fresnay-Gabin-Joyeux-Leclair-J.Marais-Romance-Servais-Piéplu-Sautet-Dessailly-J. Maillan-Deneuve-Pacôme-A Girardot-Signoret-Darrieux-Cassel-Lelouch-Godard-Resnais-Lautner-Grangier-de la Patellière-Hunebelle-RobbeGrillet-C. Simon-DeFunès-Delon-Audiard-Lautner-Sautet-Duvivier-Rouch-GermaineDulac-Cayatte-Clouzot-Long-Thibault-Messiaen-Tortelier-Bayle-Henry-Viardot-Crespin-Mesplé-Dessay-PierreDac/FrancisBlanche-Michelin-Chevalier-Trénet-Ouvrard-Sablon-Bécaud-Jouannest-AliceDona-Lama-Brassens-Hardy-Cl Moine-Cl François-Dutronc-Sheila-Monty-Aufray-Groult-Leclerc-Duby-Morin-Braudel-Monot-Laborit-Vautrin-Jacq-D'Aillon-Brussolo-Pelot-Houssin-Carsac-Wul-Pons-Moreau-Gracq-Pérec-Hardellet-JMThibault/RPierre-Serrault/Poiret-Bardot-Moreau-Tisot-Raynaud-Le Luron-Renaud-Barbara-Gréco-N. Croisille-A. Sylvestre-Leeb-Alice Dona-Nicoletta-Nicole Rieu-Lavilliers-N.Leroy-P. Perret…j’en passe et des meilleur(e)s ou au moins aussi bien...

À cette liste on peut ajouter, pour avoir une idée plus complète de la culture française, celle que déclama François Morel à l’antenne de France Inter : ça ne mange pas de pain et c’est justifié.

Toutefois on peut aussi y adjoindre (sans être exhaustif) quelques « omissions » telles que : De Vinci-Chevalier de Saint-George-Piis et Barbault- comtesse de Ségur-Mariano-Rossi-Guétary-Vian-Simenon-Montand-Ventura-Maccione-Aznavour-Ferré-Tenenbaum/Ferrat-JPh.Smet-Uderzo-Hergé-Peyo-Franquin-Morris-Jacobs-Gotlib-Goscinny-Danielle Messia-Belmondo-Tognazzi-Yourcenar-Duras-Cixous-Ferrer-Irigaray-Jankélévitch-Moustaki-Escudéro-Tachan-Bontempelli-Brel-Adamo-Cordy-Arno-Guétary-Gainsbourg-Dalida-Nana Mouskouri-Misraki-Salvador-Juliette-Aliagas-Zitrone-Bénichou-Djura-Bashung-Attali-Adjani-Cohen-Chouraki-Zidi-Constantin-Giovanni-Guedj-Semoun-Boujenah-Coluche-Béart-Anthony-Chedid-Todorov-Balasko-Makine-Semprun-Xenakis-Parmegiani-Jolas-Lunghini-Reggiani-Platini- MarinaYaguello-Wolinski-Polanski-deSuza-Sulitzer-Abkarian-Abittan-Polnareff-Verneuil-Vartan-Fiori-Badi-Esposito-Booba-Dieudonné-Doc Gynéco-Gims-Kaaris-Joey Starr-Diams-Meryl-KReen-Niska-Youssoupha-Oxmo Puccino-MC Solaar-Ionesco-Cioran-Fatou Diome-François Cheng-Ya Ding-Césaire-Senghor-Maryse Condé-Yasmina Khadra-Edouard Glissant-Patrick Chamoiseau-Marina Vlady-Robert Hossein-Sacha Distel-Joe Dassin-Y. Noah-Linda Lê-Marie-M. N’Diaye-Malika Mokeddem-C et N Sarraute-Elisabeth Tchoungui-Assia Djebar-Faïza Guène-Kourouma-Mongo Beti-Yacine-Fanon-Céline Dion-Lara Fabian-Pauline Julien-Félix Leclerc-Gilles Vigneault-JPFerland-Lynda Lemay-Monica Bellucci-Jodie Foster-Diane Kruger-Kristin Scott Thomas-Jane Fonda-Joséphine Baker, Aya Nakamura qui a tellement bien enrichi la langue française… et on en oublie ! On en oublie ! Que les oubliés nous pardonnent… Merci à toutes et à tous et à une prochaine rencontre.

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Deuxième conférence de M.A. Waggewer

Rédigé par André Cabaret - - 11 commentaires

Conférence du professeur Marc-Antoine Weggewer

Bonjour. Pour celles et ceux qui me me connaîtraient pas, je me présente : Marc-Antoine Weggewer, enseignant-chercheur à l’ECPM, l’École européenne de chimie, polymères et matériaux de Strasbourg. J’ai par ailleurs l’insigne honneur d’être l’époux de Clotilda, capitaine de police à l’Hôtel de Police de Strasbourg.

J’ai beau être enseignant-chercheur spécialiste des polymères, il m’est tout de même possible de discuter d’autre chose que des réactions chimiques et de l’architecture macromoléculaire.

Aujourd’hui nous allons traiter d’un sujet épineux : « les paradoxes de l’emploi des genres grammaticaux dans le discours courant ».

On sait qu’il règne dans la langue française un sexisme ordinaire et omniprésent que nous véhiculons bien malgré nous à chaque fois que nous nous exprimons. Passons rapidement sur l’intolérable affirmation que « le masculin l’emporte sur le féminin » dans l’accord des adjectifs et des participes. C’était une formule à l’emporte-pièce (et pour le moins maladroite) destinée à aider les élèves à mémoriser une règle de grammaire ; mais elle reposait sur un sexisme inconscient que notre époque a su déceler, juger et condamner. Comment remédier à ce sexisme omniprésent ? L’accord de proximité pourrait facilement être reconnu et retenu sans que cela défigure notre langue. Exemple : un monde où les femmes et les hommes sont égaux vs un monde où les hommes et les femmes sont égales. Dilemme qu’on peur résoudre avec la formule suivante : un monde où les hommes et les femmes, ou les femmes et les hommes, sont à égalité !

Il est indéniable que les grammairiens des siècles passés, à partir du 17e siècle notamment, ont tout mis en œuvre pour éclipser le féminin et donc les femmes de la langue et de la vie publique. Des noms de métiers ont été déféminisés. Disparues les peintresses, les officières, les inventrices et les demanderesses. On a gardé les institutrices, les doctoresses et les avocates, mais de justesse. En revanche, on a systématiquement dévalorisé les noms féminins qui devraient correspondre aux noms masculins. Petit florilège :

Une femme qui a un maître écoute son enseignement. Un homme qui a une maîtresse la saute. Un entraîneur travaille à améliorer les résultats d’une équipe sportive. Une entraîneuse travaille dans un bar interlope.
Un coureur fait du sport. Une coureuse est une saute au paf.
Un expert est un scientifique. Une experte s’y connaît au plumard.
Un professionnel est un mec compétent. Une professionnelle est une pute.
Un homme public est un homme connu. Une femme publique est une pute.
Un courtisan est un flatteur. Une courtisane est une pute.
Un homme de mauvaise vie, ça ne se dit pas. Une femme de mauvaise vie est une pute.
Un gagneur est un performant qui gagne. Une gagneuse est une pute qui rapporte. »

 

C’est tiré d’un bouquin de Davy Borde intitulé Tirons la langue ou Plaidoyer contre le sexisme dans la langue française. On ne peut qu’être d’accord.

Le constat est posé. Comment réparer des grammairiens l’irréparable outrage ?

En reféminisant les professions. Un auteur, une auteure ou une autrice. Monsieur le maire, madame la maire. Et on se bat toujours pour savoir s’il faut préférer madame la maire, la députée, la secrétaire perpétuelle, à madame le maire, le député, le secrétaire perpétuel… Quoi d’autre ? Récemment il s’est avéré qu’on pourrait tout régler grâce à l’écriture inclusive.

Ah, l’écriture inclusive ! Exemples : « Mes cher.e.s ami.e.s, nous sommes habitué.e.s à parler de citoyen.ne.s, mais les Français·es sont divisé·e·s  sur la question ». Qu’est-ce que l’on constate ? Un, que ça ne passe pas du tout à l’oral. (Car ça donne ceci : mé cher ami nous somm zabitué a parlé de sitoïen et de sitoïenn etc., etc.) Deux, que le masculin arrive toujours en primo-position. Trois, qu’à part compliquer les choses ça ne fait pas vraiment avancer le schmilblick ! À ce compte-là, pourquoi ajouter le e du féminin, si on ne sait pas qu’il en est la marque, ni le s du pluriel si on ignore à quoi il sert… ?

On nous rebat les oreilles avec ces histoires de masculin oppressif et de féminin oppressé. Or qu’entend-on à longueur d’antenne, radio et télévision mêlées ? Des insanités énoncées par des gens qui ont prétendument suivi des études : journalistes, politiciens, scientifiques, experts en tous genres, et qui massacrent gaillardement l’accord du féminin pour les adjectifs et les participes. Avec votre permission, je vais les lire à haute voix : c’est plus percutant à l’oreille :

- la première chose que vous avez dit

- les réformes que nous avons entrepris

- toutes les décisions qu’on a pris ensemble

- il faut garder les écoles ouverts à tout prix

- l’Allemagne avec lequel qui nous avons des relations privilégiées

- j’ai rencontré des tribus très dangereux

- vos théories avec lequel je suis en désaccord

- une casserole dans lequel on mélange…

- la deuxième chose sur lequel nous sommes d’accord

- elles se sont remis au travail

- il y a les actions qui sont permis et celles qui sont interdits (sic!)

- toutes les directives qui ont été mis en place

- les concurrentes qui ont été pris dans la chute

- la France ne peut pas décider tout seul

- on ne s’attendait pas à une telle réaction de la France et de l’Angleterre : il va falloir s’occuper d’eux sérieusement (!)

- c’est la dernière chose auquel on touchera

- l’académie fournit le sujet sur laquelle on doit discuter…

- tant qu’on peut le faire par divers manières

- etc.

D’un côté, on féminise ; de l’autre côté on masculinise. Ce serait-il pas un effet d’un complot du genre viril par hasard ???

Il est vrai que l’accord du participe passé est d’une difficulté insurmontable. On peut apprendre des langages informatiques complexes, la terminologie juridique, commerciale, financière ou médicale, on s’enfile par cœur le manuel du Rubiks’cube, on se paie le luxe de « parler verlan », de « parler banlieue », de « parler rappeur », de « parler Aya Nakamura », on digère des textos rédigés sans aucune règle ni syntaxe, on se tape de la langue de bois politicienne, de la novlangue woke, du politiquement correct, des éléments de langage, on est capable d’intégrer le code de la route et les spécificités de n’importe quel jargon scientifique, militaire, sportif ou ethnique… mais l’accord du participe ? Ah ça non, trois fois non ! Trop dur ! Trop compliqué ! Trop discriminant ! Alors tant pis pour le pauvre COD placé avant le verbe avoir, il n’a qu’à se mettre ailleurs, et qu’on n’en parle plus… « Lé livr ke jé lu » : ça, c’est du bon français ! Soyons tolérants...

Ce qui n’empêche personne de massacrer bien autre chose que cet accord.

Et l’on n’oubliera pas des tournures telles que :

- une question qui est difficile à répondre

- sait-on pourquoi la pandémie a-t-elle touché tous les pays ?

- elle s’est permise de dire

- le député a été très surprise de s’entendre poser cette question

- le candidat est surprise par ce score (!)

- mais, bien entendu : les institutrices sont surpris par ces comportements… !

- la victime s’est faite agresser, la femme s’est faite violer, elle s’est faite une entorse, on a faite plusieurs erreurs (!!)

- elle aussi elle n’a pas compris ( nous non plus on n’a pas compris…)

- les troupes sont prêtes d’avancer (et pourquoi pas « près à avancer »?)

- et tutti quanti !

 

Sans omettre ce mot éminemment féminin : la personne. Avez-vous remarqué comme ce mot est devenu masculin pour les intervenants sur les ondes ?

- il y avait six personnes dans la salle d’attente ; ils ont attendu patiemment

- on isole les personnes à risque parce qu’ils ont besoin d’être pris en charge

- toutes les personnes contraints de faire un test

- deux personnes serré(e ?)s l’un contre l’autre

- sur deux cents personnes la moitié sont déclarés positifs

- cette personne paraissait très agressif

- toutes ces personnes, ils font comme si de rien n’était

- on fait entrer une personne après l’autre et chacun montre son pass.

- chacun à l’Assemblée prendront ses responsabilités

- j’ai rencontré des personnes qui étaient prêts à travailler en télétravail

- une personne sur cinq ne peut pas suivre la campagne parce qu’ils ne sont pas connectés

- certaines personnes ont déclaré forfait quand ils ont sBonjour. Pour celles et ceux qui me me connaîtraient pas, je me présente : Marc-Antoine Weggewer, enseignant-chercheur à l’ECPM, l’École européenne de chimie, polymères et matériaux de Strasbourg. J’ai par ailleurs l’insigne honneur d’être l’époux de Clotilda, capitaine de police à l’Hôtel de Police de Strasbourg.u que etc.

- dans le stade il y avait 2000 personnes assis…

- il y a énormément de personnes qui sont bons dans ce domaine

- toutes ces personnes attendent qu’on s’occupe d’eux…

- sécuriser les lieux avec des personnes qui sont tous vacciné(e?)s

- beaucoup de personnes craignent qu’on fasse mieux qu’eux !

D’autres mots subissent aussi un transfert de genre :

- je n’ai qu’une ligne directrice, c’est celui qui consiste à….

- du moment où les victimes eux-mêmes le réclament…

- un diplomate affirme avoir eu affaire à des tribus très dangereux… (!)

Noms de profession, même altération :

- on a appelé la police ; ils sont arrivés dix minutes plus tard

- dès que la police est à pied d’œuvre, ils font régner l’ordre

- chaque fois que la police intervient, ils se livrent à des violences inadmissibles

- les populations se détachent de nous parce qu’ils ont le sentiment que etc.

- les écoles doivent rester fermé(e?)s parce qu’ils ne peuvent pas accueillir les personnes atteints par le virus… !

- les aides-soignantes se sont montré(e?)s compréhensifs

- la majorité a été très compréhensif à cet égard...

- l’importance de l’Assemblée nationale : c’est lui qui détient les clés de etc.

- une loi très important pour etc.

- les maîtresses d’école savent qu’on peut compter sur eux en cas de besoin...

- à la frontière il y a deux cent mille forces russes qui sont prêts à intervenir.

- des associations qu’il faut considérer pour ce qu’ils sont

Alors, au vu de ces perles, on peut toujours s’acharner à promouvoir un pronom personnel non genré, style : iel, il n’en restera pas moins difficilement supportable d’entendre qu’une personne pour lequel on a de l’affection a été interdit d’entrée par des vigiles peu compréhensives

D’un côté, les adeptes du féminisme à tout crin ; de l’autre, les je-m’en-foutistes langagiers ! Vous rajoutez par là-dessus un brin de wokisme, une louche de cancel culture, un chouïa de déconstructivisme, une pelletée de progressisme et une flopée d’anti-ismes de tout poil, et vous avez une idée assez claire de ce qu’on n’a plus le doit de ne plus dire ni de plus penser tout en le pensant mais sans le formuler tout en le taisant pour ne pas être accusé d’être un accusateur qui se victimise pour mieux victimiser ceux qui ne s’y reconnaissent pas… À bon entendeur, salut ! Et à bientôt.

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Conférences de Marc-Antoine Weggewer (1)

Rédigé par André Cabaret - - Aucun commentaire

Les Chansons de Brassens

Bonjour. Pour celles et ceux qui me me connaîtraient pas, je me présente : Marc-Antoine Weggewer, enseignant-chercheur à l’ECPM, l’École européenne de chimie, polymères et matériaux de Strasbourg. J’ai par ailleurs l’insigne honneur d’être l’époux de Clotilda, capitaine de police à l’Hôtel de Police de Strasbourg.

Mettons les choses au point : on m’a demandé, dans « le cadre du programme de bien-être au sein des entreprises » de faire une série de conférences sur n’importe quel sujet qui me tiendrait à cœur. Je suis un scientifique, spécialiste des polymères, mais je fais aussi des incursions dans d’autres domaines. Pendant les confinements, je me suis longuement entretenu avec un ami au téléphone, mais, foin des controverses, nous avons parlé de chanteurs et de chansons. L’idée a germé comme cela : je me suis penché sur les œuvres du dénommé Brassens et je me suis livré à un exercice sans doute un peu vain, mais qui m’a bien plu : j’ai essayé d’établir une classification des chansons du Sétois, en les triant selon des critères qui me sont propres et sans recourir aux membranes filtrantes fabriquées par la société Millipore basée à Molsheim !...

Ainsi donc, les chansons de Georges Brassens

La première chose qui m’a paru évidente, c’est qu’il y a deux grands genres de chansons : 1) celles qui racontent une histoire ; et 2) celles qui traitent ou développent un thème de caractère général (certaines pouvant ressortir aux deux groupes).

1) Parmi les chansons qui racontent une histoire, il y a celles a) qui la racontent à la troisième personne, et celles b) qui sont narrées à la première personne.

Voici donc des listes établies par mes soins après une écoute attentive (à chacune et à chacun d'entre vous le plaisir de retrouver le contenu des titres énumérés) :

a) = Le Gorille, La chasse aux papillons, Hécatombe, Le petit cheval, La cane de Jeanne ; Pauvre Martin, Brave Margot ; Gastibelza ; La légende de la nonne, ; Oncle Archibald ; Bonhomme, Le vieux Léon ; Pénélope, Le père Noël et la petite fille ; La ballade des cimetières, Tonton Nestor ; L’assassinat, La Marguerite ; Le petit joueur de flûteau, Le mouton de Panurge ; Le grand chêne ; L’Ancêtre, Les oiseaux de passage, La religieuse ; La princesse et le croque-notes, La messe au pendu, Mélanie ; La maîtresse d’école.

Le nombril des femmes d’agent  a la particularité de ressortir aux deux genres !

b) = La mauvaise réputation, Le parapluie, Le fossoyeur ; J’ai rendez-vous avec vous, Comme hier ; Les sabots d’Hélène, La première fille, La mauvaise herbe, Une jolie fleur, Je suis un voyou, Le mauvais sujet repenti, P… de toi ; Je me suis fait tout petit, Auprès de mon arbre, Marinette ; L’Amandier, La marche nuptiale, Celui qui a mal tourné ; Le pornographe, À l’ombre du cœur de ma mie, Comme une sœur ; Le mécréant, L’orage ; Dans l’eau de la claire fontaine, La traîtresse, La fille à cent sous ; Les trompettes de la renommée, Je rejoindrai ma belle ; Les quat’z’arts, Le 22 septembre, La route aux quatre chansons, Saturne, À l’ombre des maris ; Le fantôme, La fessée, Le pluriel, Les quatre bacheliers, Le bulletin de santé, L’épave, Le moyenâgeux ; Misogynie à part, Sale petit bonhomme ; Stances à un cambrioleur, À l’ombre des maris ; Les ricochets, Cupidon s’en fout, Histoire de faussaire ; Entre la rue de Vanves et la rue Didot, Retouche à un roman d’amour de quatre sous.

2) Une idée, un thème, un sujet = (Corne d’Aurochs?) Le vent, Les amoureux des bancs publics, Balade des dames du temps jadis, Il n’y a pas d’amour heureux ; Chanson pour l’Auvergnat, La Prière ; Les croquants ; Philistins, Le vin ; Le pornographe, La femme d’Hector, La ronde des jurons ; Les funérailles d’antan, Le verger du roi Louis ; Le temps ne fait rien à l’affaire, La complainte des filles de joie, Le temps passé ; La guerre de 14-18 ; Les copains d’abord, La tondue, Les deux oncles, Le grand Pan ; La supplique et La non-demande en mariage (qui peuvent se rattacher au cycle précédent), Concurrence déloyale ; Pensées des morts, La rose, la bouteille et la poignée de main ; La ballade des gens qui sont nés quelque part, Le blason, Mourir pour des idées, Quatre-vingt quinze fois sur cent, Le Roi, Les passantes, Don Juan ; Trompe la mort (idem que la Supplique), Tempête dans un bénitier, Montélimar, Les patriotes ; Honte à qui peut chanter, Tant qu’il y a des Pyrénées, Chansonnette à celle qui reste pucelle.

Une autre chose m’a frappé : certaines chansons sont composées de trois parties (soit distinctes, soit liées par un fil conducteur) sur le modèle de L’Auvergnat. Rappelons au passage qu’il s’agit de trois personnages : un Auvergnat, une hôtesse, un étranger qui, chacun à sa manière, s’est montré généreux avec un pauvre bougre malmené par la vie. Elle est rejointe par = Maman, papa, Le Parapluie, Grand-Père, Les Funérailles d’antan, Le Temps passé, Si le bon Dieu l’avait voulu, Le Grand Pan, L’Ancêtre, La rose, la bouteille et la poignée de main, Tempête dans un bénitier.

Dans ces grands ensembles, on distingue plusieurs sous-ensembles : les chansons où Brassens se met en scène (soit pour régler des comptes, soit pour remettre les pendules à l’heure) : La mauvaise réputation, un peu Hécatombe ; La mauvaise herbe, Je suis un voyou ; Le testament, Je m’suis fait tout p’tit ; Au bois de mon cœur ; Le mécréant, Le pornographe ; Les trompettes de la renommée, Les amours d’antan ; La supplique, Le bulletin de santé, Les quatre bacheliers, La non-demande en mariage, Le moyenâgeux ; Stances à un cambrioleur, Trompe la mort, Le modeste.

Il y a un sous-groupe qui me plaît, ce sont les chansons qui font preuve d’une certaine virtuosité (surtout verbale, on dirait de petits bijoux oulipiens)) : La cane de Jeanne, Le vent, Tonton Nestor, Le vieux Léon (toute en vers de quatre pieds), La marguerite (en vers de trois pieds).

Je voudrais justifier ici l’existence d’un autre sous-groupe où je classerais les chansons qu’on pourrait qualifier d’hénaurmes. Avec cette orthographe, telle que l’ont utilisée Flaubert ou Jules Romains, pour dire que quelque chose est très exagéré, à la manière de Rabelais, de Shakespeare ou de San Antonio et, pourquoi pas, de Pierre Perret qui nous en a pondu quelques-unes pas piquées des hannetons !... Brassens, sans en avoir l’air, a l’art de commencer tout doucement, comme le Gorille, par exemple, qui démarre comme une pochade, puis qui enfle, enfle enfle jusqu’à la chute vertigineuse qui nous propulse vers l’énormité de l’idée, mais présentée comme « hénaurmité », ce qui change tout. Dans cette catégorie on trouve au premier chef Hécatombe, évidemment ! Mais aussi Les trompettes de la renommée, Le bulletin de santé, Tempête dans un bénitier, Quatre-vingt-quinze fois sur cent, La religieuse, Les quat’z’arts, Histoire de faussaire, Mélanie (qui démarre en souplesse pour atteindre des sommets) et naturellement La fessée qui, en plus d’être hénaurme, est d’une délicatesse on ne peut plus humaniste et d’un humour ravageur...

Et puis, bien entendu, il y a la catégorie des adaptations de poèmes dus à d’autres auteurs : Le petit cheval, La prière, Il n’y a pas d’amour heureux, Gastibelza, La balade des dames du temps jadis, La marine, Comme hier, La légende la nonne, Colombine, Philistins, Le verger du roi Louis, Marquise, Si le bon Dieu l’avait voulu, Pensées des morts, Les oiseaux de passage, Les passantes. Ces deux dernières, jouissant en outre d’une musicalité exceptionnelle, ont fait sortir de l’anonymat des poèmes et des auteurs que le temps aurait fini par engloutir...

(J’en ai omis quelques-unes : Lèche-cocu, Fernande, Les casseuses, Misogynie à part, Rien à jeter, dont pour une raison ou pour une autre je pourrais me passer…)

En conclusion, j’aimerais répéter qu’à mes yeux Brassens est avant tout, comme il l’a dit souvent, un « faiseur de chansons ». Poète ? Sans doute. Mais surtout un surdoué de la rime, du rythme des vers, de la portée des mots, ni poète ni musicien (ou mi-poète mi-musicien), mais les deux intimement liés, l’un magnifiant l’autre et inversement !

Bien entendu, pour celles et ceux qui n’auraient pas en tête la totalité de ces chansons je n’aurais qu’un seul conseil : écoutez ou réécoutez-les ! Le plaisir est toujours renouvelé et augmenté !

J’ignore si mon entreprise est pertinente, mais depuis qu’elle me trottait en tête, au moins est-elle concrétisée !

À bientôt pour une autre causerie.

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