Conférences de Marc-Antoine Weggewer (1)

Rédigé par André Cabaret - - Aucun commentaire

Les Chansons de Brassens

Bonjour. Pour celles et ceux qui me me connaîtraient pas, je me présente : Marc-Antoine Weggewer, enseignant-chercheur à l’ECPM, l’École européenne de chimie, polymères et matériaux de Strasbourg. J’ai par ailleurs l’insigne honneur d’être l’époux de Clotilda, capitaine de police à l’Hôtel de Police de Strasbourg.

Mettons les choses au point : on m’a demandé, dans « le cadre du programme de bien-être au sein des entreprises » de faire une série de conférences sur n’importe quel sujet qui me tiendrait à cœur. Je suis un scientifique, spécialiste des polymères, mais je fais aussi des incursions dans d’autres domaines. Pendant les confinements, je me suis longuement entretenu avec un ami au téléphone, mais, foin des controverses, nous avons parlé de chanteurs et de chansons. L’idée a germé comme cela : je me suis penché sur les œuvres du dénommé Brassens et je me suis livré à un exercice sans doute un peu vain, mais qui m’a bien plu : j’ai essayé d’établir une classification des chansons du Sétois, en les triant selon des critères qui me sont propres et sans recourir aux membranes filtrantes fabriquées par la société Millipore basée à Molsheim !...

Ainsi donc, les chansons de Georges Brassens

La première chose qui m’a paru évidente, c’est qu’il y a deux grands genres de chansons : 1) celles qui racontent une histoire ; et 2) celles qui traitent ou développent un thème de caractère général (certaines pouvant ressortir aux deux groupes).

1) Parmi les chansons qui racontent une histoire, il y a celles a) qui la racontent à la troisième personne, et celles b) qui sont narrées à la première personne.

Voici donc des listes établies par mes soins après une écoute attentive (à chacune et à chacun d'entre vous le plaisir de retrouver le contenu des titres énumérés) :

a) = Le Gorille, La chasse aux papillons, Hécatombe, Le petit cheval, La cane de Jeanne ; Pauvre Martin, Brave Margot ; Gastibelza ; La légende de la nonne, ; Oncle Archibald ; Bonhomme, Le vieux Léon ; Pénélope, Le père Noël et la petite fille ; La ballade des cimetières, Tonton Nestor ; L’assassinat, La Marguerite ; Le petit joueur de flûteau, Le mouton de Panurge ; Le grand chêne ; L’Ancêtre, Les oiseaux de passage, La religieuse ; La princesse et le croque-notes, La messe au pendu, Mélanie ; La maîtresse d’école.

Le nombril des femmes d’agent  a la particularité de ressortir aux deux genres !

b) = La mauvaise réputation, Le parapluie, Le fossoyeur ; J’ai rendez-vous avec vous, Comme hier ; Les sabots d’Hélène, La première fille, La mauvaise herbe, Une jolie fleur, Je suis un voyou, Le mauvais sujet repenti, P… de toi ; Je me suis fait tout petit, Auprès de mon arbre, Marinette ; L’Amandier, La marche nuptiale, Celui qui a mal tourné ; Le pornographe, À l’ombre du cœur de ma mie, Comme une sœur ; Le mécréant, L’orage ; Dans l’eau de la claire fontaine, La traîtresse, La fille à cent sous ; Les trompettes de la renommée, Je rejoindrai ma belle ; Les quat’z’arts, Le 22 septembre, La route aux quatre chansons, Saturne, À l’ombre des maris ; Le fantôme, La fessée, Le pluriel, Les quatre bacheliers, Le bulletin de santé, L’épave, Le moyenâgeux ; Misogynie à part, Sale petit bonhomme ; Stances à un cambrioleur, À l’ombre des maris ; Les ricochets, Cupidon s’en fout, Histoire de faussaire ; Entre la rue de Vanves et la rue Didot, Retouche à un roman d’amour de quatre sous.

2) Une idée, un thème, un sujet = (Corne d’Aurochs?) Le vent, Les amoureux des bancs publics, Balade des dames du temps jadis, Il n’y a pas d’amour heureux ; Chanson pour l’Auvergnat, La Prière ; Les croquants ; Philistins, Le vin ; Le pornographe, La femme d’Hector, La ronde des jurons ; Les funérailles d’antan, Le verger du roi Louis ; Le temps ne fait rien à l’affaire, La complainte des filles de joie, Le temps passé ; La guerre de 14-18 ; Les copains d’abord, La tondue, Les deux oncles, Le grand Pan ; La supplique et La non-demande en mariage (qui peuvent se rattacher au cycle précédent), Concurrence déloyale ; Pensées des morts, La rose, la bouteille et la poignée de main ; La ballade des gens qui sont nés quelque part, Le blason, Mourir pour des idées, Quatre-vingt quinze fois sur cent, Le Roi, Les passantes, Don Juan ; Trompe la mort (idem que la Supplique), Tempête dans un bénitier, Montélimar, Les patriotes ; Honte à qui peut chanter, Tant qu’il y a des Pyrénées, Chansonnette à celle qui reste pucelle.

Une autre chose m’a frappé : certaines chansons sont composées de trois parties (soit distinctes, soit liées par un fil conducteur) sur le modèle de L’Auvergnat. Rappelons au passage qu’il s’agit de trois personnages : un Auvergnat, une hôtesse, un étranger qui, chacun à sa manière, s’est montré généreux avec un pauvre bougre malmené par la vie. Elle est rejointe par = Maman, papa, Le Parapluie, Grand-Père, Les Funérailles d’antan, Le Temps passé, Si le bon Dieu l’avait voulu, Le Grand Pan, L’Ancêtre, La rose, la bouteille et la poignée de main, Tempête dans un bénitier.

Dans ces grands ensembles, on distingue plusieurs sous-ensembles : les chansons où Brassens se met en scène (soit pour régler des comptes, soit pour remettre les pendules à l’heure) : La mauvaise réputation, un peu Hécatombe ; La mauvaise herbe, Je suis un voyou ; Le testament, Je m’suis fait tout p’tit ; Au bois de mon cœur ; Le mécréant, Le pornographe ; Les trompettes de la renommée, Les amours d’antan ; La supplique, Le bulletin de santé, Les quatre bacheliers, La non-demande en mariage, Le moyenâgeux ; Stances à un cambrioleur, Trompe la mort, Le modeste.

Il y a un sous-groupe qui me plaît, ce sont les chansons qui font preuve d’une certaine virtuosité (surtout verbale, on dirait de petits bijoux oulipiens)) : La cane de Jeanne, Le vent, Tonton Nestor, Le vieux Léon (toute en vers de quatre pieds), La marguerite (en vers de trois pieds).

Je voudrais justifier ici l’existence d’un autre sous-groupe où je classerais les chansons qu’on pourrait qualifier d’hénaurmes. Avec cette orthographe, telle que l’ont utilisée Flaubert ou Jules Romains, pour dire que quelque chose est très exagéré, à la manière de Rabelais, de Shakespeare ou de San Antonio et, pourquoi pas, de Pierre Perret qui nous en a pondu quelques-unes pas piquées des hannetons !... Brassens, sans en avoir l’air, a l’art de commencer tout doucement, comme le Gorille, par exemple, qui démarre comme une pochade, puis qui enfle, enfle enfle jusqu’à la chute vertigineuse qui nous propulse vers l’énormité de l’idée, mais présentée comme « hénaurmité », ce qui change tout. Dans cette catégorie on trouve au premier chef Hécatombe, évidemment ! Mais aussi Les trompettes de la renommée, Le bulletin de santé, Tempête dans un bénitier, Quatre-vingt-quinze fois sur cent, La religieuse, Les quat’z’arts, Histoire de faussaire, Mélanie (qui démarre en souplesse pour atteindre des sommets) et naturellement La fessée qui, en plus d’être hénaurme, est d’une délicatesse on ne peut plus humaniste et d’un humour ravageur...

Et puis, bien entendu, il y a la catégorie des adaptations de poèmes dus à d’autres auteurs : Le petit cheval, La prière, Il n’y a pas d’amour heureux, Gastibelza, La balade des dames du temps jadis, La marine, Comme hier, La légende la nonne, Colombine, Philistins, Le verger du roi Louis, Marquise, Si le bon Dieu l’avait voulu, Pensées des morts, Les oiseaux de passage, Les passantes. Ces deux dernières, jouissant en outre d’une musicalité exceptionnelle, ont fait sortir de l’anonymat des poèmes et des auteurs que le temps aurait fini par engloutir...

(J’en ai omis quelques-unes : Lèche-cocu, Fernande, Les casseuses, Misogynie à part, Rien à jeter, dont pour une raison ou pour une autre je pourrais me passer…)

En conclusion, j’aimerais répéter qu’à mes yeux Brassens est avant tout, comme il l’a dit souvent, un « faiseur de chansons ». Poète ? Sans doute. Mais surtout un surdoué de la rime, du rythme des vers, de la portée des mots, ni poète ni musicien (ou mi-poète mi-musicien), mais les deux intimement liés, l’un magnifiant l’autre et inversement !

Bien entendu, pour celles et ceux qui n’auraient pas en tête la totalité de ces chansons je n’aurais qu’un seul conseil : écoutez ou réécoutez-les ! Le plaisir est toujours renouvelé et augmenté !

J’ignore si mon entreprise est pertinente, mais depuis qu’elle me trottait en tête, au moins est-elle concrétisée !

À bientôt pour une autre causerie.

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Lectures 3

Rédigé par André Cabaret - - Aucun commentaire

3) Denis Grozdanovitch : Le génie de la bêtise (Grasset). J'avoue: je ne connaissais pas l'auteur. On m'a offert ce bouquin. Eh bien, c'est une lecture roborative! Comme il est dit sur le 4e de couverture : Voici une flânerie savante, drolatique,  philosophique et éclectique au pays très peuplé de la bêtise. Tout à fait exact. Comme disait l'autre, on est toujours l'idiot de quelqu'un. Mais il y a des degrés. Dans un style très élaboré (et on sait que l'écriture est un de mes dadas), l'auteur dissèque quelques aspects de la stupidité en action. Des titres de chapitres explicites: La bêtise ordinaire... La bêtise de l'intelligence... Bouvard et Pécuchet (une analyse fort subtile du livre de Flaubert et de ses intentions)... L'empathie avec la bêtise... On peut n'être pas d'accord sur tout avec l'auteur, et même trouver des passages moins intéressants; mais, dans l'ensemble, on est gâté par cette lecture que je recommande à tout le monde !

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Lectures 2

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2) Un roman très intéressant : L'archipel d'une autre vie d'Andreï Makine. Je cite, pour situer le cadre : Aux confins de l’Extrême-Orient russe, dans le souffle du Pacifique, s’étendent des terres qui paraissent échapper à l’Histoire… Ecrit dans une langue riche et souple, le récit nous fait suivre la chasse à l'homme que mènent plusieurs "enquêteurs" . Mais la traque réserve bien des surprises : aux personnages et au lecteur ! Ce n'est pas un polar, c'est un récit d'initiation comme on disait dans le temps, c'est un livre d'aventures, c'est une découverte. Je conseille vivement. Tous les bouquins de Makine ne m'ont pas passionné, mais celui-ci vaut le détour.

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Lectures 1

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Plusieurs lectures intéressantes cet été:

1) Un polar de Ian Manook : Yeruldelgger. Très violent et trè dépaysant : l'action se passe en Mongolie, à Oulan-Bator et dans les environs. On est d'abord frappé par le caractère à la fois moderne et traditionnaliste d'un pays que l'on conaît mal. L'intrigue entremêle plusieurs fils narratifs : deux séries de meurtres, les relations des personnages entre eux, l'évolution du personnage principal. Ce dernier est un flic qui a vécu des drames intimes très durs et mène ses enquêtes en n'en faisant qu'à sa tête. Il réussit à déjouer tous les pièges et à trouver la solution à toutes les énigmes. Ma réaction à cette lecture a été ambivalente. D'un côté, on est captivé par l'histoire alambiquée à souhait, la puissance d'évocation et le style de l'auteur, le cadre grandiose et les perspectives qu'ouvrent les analyses de la situation économique de la Mongolie. D'un autre côté, je commence à saturer un peu avec ces flics qui sont à la fois des gardiens de l'ordre et des marginaux, d'une violence inouïe dans leurs rapports non seulement avec les truands mais avec leurs collègues, et dont la vie personnelle empiète sur l'enquête, au point de constituer pas loin de la moitié de la consistance du récit... Les commissaires dépressionnaires, alcooliques, drogués, divorcés, traumatisés, qui se la jouent perso et portent tout le malheur du monde, y'en a un peu ras le bol...! C'est comme ça dans les romans, dans les téléfilms, au cinéma. Alors on peut trouver Maigret trop lisse, ou Hercule Poirot, mais eux au moins ne nous "enquiquinent" pas avec leurs problèmes existentiels ! Je sais bien que depuis Bullit la vie privée des enquêteurs est entrée dans le corps du récit et donne de l'épaisseur aux intrigues racontées, mais trop, c'est trop, de mon modeste point de vue. Cela dit, la lecture de ce polar peut combler les amateurs de sensations fortes et d'histoires bien ficelées. Bref un polar coup de poing.

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Conseil Lecture #1

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Bonjour

je viens vous faire part d'une lecture qui m'a paru intéressante : L'insouciance, de Karine TuiL J'avoue que je n'étais pas très chaud, au départ. Une forme de méfiance peut-être? Je me suis donc un peu forcé. Eh bien, je dois dire que l'auteure fait montre d'une puissance d'évocation certaine. Le sujet est connu, je n'y reviens pas (de toute façon, dans 90% des cas, le sujet importe peu, c'est la manière dont il est traité qui compte). Les différents personnages sont présentés avec brio: qualités, défauts, failles, ambitions, doutes, chagrins et peines, tout est mis en place pour rendre les personnages vivants. Une mention spéciale pour le tout premier chapitre qui évoque le traumatisme de Romain Roller de retour d'Afghanistan. La lente dérive et la chute de l'entrepreneur François Vély sont décrites avec la précision nécessaire pour démonter l'implacable mécanique qui se met en place. J'ai été moins emballé par les histoires d'amour entrecroisées, peut-être parce qu'en comparaison des drames vécus par les protagonists elles paraissent un peu "fades", voire déplacées. Il est certain que K. Tuil possède un style qu'on pourrait qualifier  de logorrhéique ou de torrentiel, qui convient parfaitement au récit développé, mais qui, paradoxalement, nécessite d'être tenu de bout en bout. D'où certaines baisses de tension, notamment dans les relations affectives. En tout cas, on navigue dans des milieux méconnus où le simple mortel n'a pas accès, et l'on découvre un monde dont on se doute qu'il est impitoyable et qui se révèle bien tel sous la plume de l'auteure. Contrairement à d'autres écrivains qui manient ce genre de narration à bride abattue et dont on ne parvient pas toujours à suivre la pensée, ici l'enchaînement des phrases et des paragraphes obéit à une logique structurelle à laquelle le lecteur adhère : on ne se perd pas dans le dédale des intrigues, pas plus qu'on ne perd le fil du récit. Bref, une lecture roborative bien que pas très reposante !

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